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mardi 27 décembre 2011

l'or du Dolpo


L'or du Dolpo
RAPPORT DE KEDAR SUR LE DOLPO

« La nature du Dolpo est en danger. Le yarsakumbu a été considéré au départ comme une manne tombant sur le peuple défavorisé du Dolpo, mais la manne est devenue catastrophe du fait des conséquences malheureuses de la cueillette sur la vie des habitants et sur l’écosystème de la région.
Chaque année, des milliers de « visiteurs » envahissent le Dolpo à la recherche des précieux specimen. Il y en aurait eu environ 40.000 ce printemps 2003 (NDLR : le Dolpo abrite environ 10.000 habitants et la Tarap 1.000), venant des districts voisins (Rukum, Jajarkot etc.). Rien que pour la Tarap il y avait environ 5.000 cueilleurs arpentant les montagnes de mai à juin. Des centaines de tentes étaient plantées ici et là dans les montagnes. Certaines servaient de restaurants ou de débits de boisson, d’autres proposaient, grâce à des panneaux solaires, des films indiens en vidéos. On parle aussi de commerce sexuel avec pour monnaie d’échange le yarsakumbu. Etaient aussi présents dans la Tarap des centaines de villageois du Nord Dolpo (où on ne trouve pas de yarsakumbu) et des commerçants de Dhorpatan, Kathmandu et du Tibet !!! Leurs centaines de chevaux paissaient sur les terres des Tarappas. Ces « visiteurs » ont tué pour se nourrir des centaines de marmottes et de lièvres.
Ils ont piétiné des terres fragiles et creusé dans les pâtures des milliers de trous. Ils ont arraché les buissons pour leur feu. Tout l’écosystème de la montagne en a été affecté !!!

Environ 90 % des écoles du district étaient fermées. Même le lycée de Dunaï (chef-lieu du Dolpo) n’avait aucun élève à cette période !!!
Tous les villages étaient presque vides. Seuls les personnes inaptes à la marche et les très jeunes enfants gardaient les maisons !!! Les autres enfants étaient mis à contribution car, de leurs yeux perçants, ils arrivent à bien repérer la pousse de yarsakumbu affleurant la neige.
Crystal Mountain School a dû annoncer deux semaines de fermeture, mais la plupart des élèves furent absents tout le mois.
Début juillet, le sentier pour monter dans la Tarap était encore encombré de voyageurs. Il y avait même des boutiques sous tentes où on pouvait se restaurer. Plus de deux douzaines de tentes / boutiques sont restées implantées à Dho tout l’été (un des deux grands villages de la Tarap) pour « vendre » des boissons alcoolisées en échange de yarsakumbu.

Quel impact terrible sur la vie du Dolpo ! Une grande partie du revenu de la cueillette va à la consommation d’alcool. Certains jeunes gens ne quittaient plus les boutiques, buvant toute la journée. On en a vu dépenser plus qu’ils n’avaient gagné et être contraints de vendre un lopin de terre à des habitants d’autres ethnies, mettant en danger l’authentique héritage du Dolpo.
Autre catastrophe possible : la dissémination du virus VIH, qui pourrait balayer de la terre une génération entière de Dolpopas. Certaines indications font croire que la maladie a pu s’immiscer au Dolpo. Connaissant la grande mobilité des Dolpopas se rendant pour le commerce ou les pèlerinages à Kathmandu, en Inde, au Tibet, dans la vallée de la Bheri, et la liberté sexuelle dont jouit leur culture, il y a de nombreux risques de transmission du VIH. Avec l’agent de santé travaillant dans la Tarap, nous avons commencé à faire de la prévention en informant les villageois des dangers d’une contamination et des moyens de protection possibles. Les amchis et les lamas, qui ont un rôle vital à jouer dans la communauté, ont aussi été informés et impliqués dans la prévention.

UNE REACTION

Vous pouvez imaginer sans peine que le rapport de Kedar a jeté le trouble au sein du Conseil d’Administration.
Tout ce pour quoi nous avons travaillé depuis dix ans mis en pièces par la folie des Chinois et Coréens, toujours à la recherche de l’aliment miracle pour réveiller l’énergie masculine endormie !
Avant la découverte des vertus du yarsakumbu et sa popularité en Asie, le Dolpo était en train d’évoluer doucement, s’ouvrant au monde extérieur après des siècles de vie en autarcie. Un fragile équilibre semblait se faire entre un développement mesuré et la préservation d’une culture unique et originale, équilibre favorisé par l’attachement certain des Tibétains à leurs valeurs culturelles, à leur mode de vie solidement structuré par le bouddhisme, et par une imperméabilité naturelle à la folie humaine.
Mais dans leur désert d’altitude les Dolpopas ont été rattrapés par l’économie marchande mondiale, sa frénésie de consommation, et submergés par une vague de l’histoire à laquelle ils ont peu de chances de résister.
Auront- ils l’intelligence de limiter les dégâts de cette projection ultra-rapide dans le 21ème siècle et de sauver les valeurs culturelles qui font d’eux un peuple si attachant ?

UNE ACTION

Pour pouvoir continuer sereinement le patient travail commencé il y a 10 ans par Action Dolpo, il nous fallait en avoir le cœur net et recevoir quelques explications des Dolpopas et des étudiants, en âge aujourd’hui de comprendre ce qui se passe dans leur région et de donner leur avis sur la situation. Nous avions besoin de connaître le point de vue de ceux qui vivent cette mutation de l’intérieur et qui sont, en premier chef, intéressés par les avantages et les inconvénients de la ruée vers « l’or du Dolpo ».
Ayant eu connaissance de la présence des principaux chefs de villages à Kathmandu pour un pèlerinage d’hiver, la présidente est allée les rencontrer dans la capitale népalaise.
De plusieurs réunions avec eux et avec les grands élèves, il en est ressorti que tous sont conscients du risque pour le Dolpo de perdre son identité culturelle et pour les habitants, leur santé.
Ils n’étaient cependant pas suffisamment au fait des dangers à long terme pour les pâturages et l’écosystème fragile de la montagne de la présence insistante et répétée de milliers de passants armés d’outils (dégradation des pâturages à disparition des yaks à disparition de la vie au Dolpo).

Les villageois ont bien tenté d’endiguer le flot anarchique des chercheurs de yarsakumbu, en contrôlant les principaux passages dans la montagne et en percevant une taxe cueillette,
destinée à alimenter un fond commun. Mais ils ont été coiffés sur le poteau par les « maoïstes » qui, depuis plusieurs années, viennent alimenter leur guérilla en prélevant 5 % des récoltes et qui ont trouvé intéressante l’idée d’une taxe supplémentaire (la faisant passer de 200 à 500 Rs pour les besoins de la cause !).
Personne ne peut résister au pouvoir des armes, et les Dolpopas ont dû céder la place aux rebelles, qui n’ont aucun souci d’écologie et ne sont intéressés que par la collecte de fonds. Malgré leur bonne volonté, les villageois ont été impuissants à contrôler leurs terres et personne ne voit comment contourner le problème tant que durera le conflit armé qui désorganise le Népal.

Nous rappelons que le Dolpo tibétain n’a pas d’affinités avec le mouvement maoïste. Il en est la victime car les guérilleros y sont très présents, depuis qu’ils ont, à force d’attaques répétées de leurs postes isolés, obligé l’armée, la police et les gardes du Parc Phoksumdo à se réfugier à Dunaï, chef- lieu du district. Ils règnent en maître sur les vallées, ne trouvant devant eux aucune opposition – et pour cause ! Il n’y a donc plus d’autre loi que la leur au Dolpo.

Les étudiants, très matures, sont très conscients de ce qui se passe et bouillent d’impuissance et d’impatience de revenir au pays. Ils pensent qu’il serait possible de limiter les dégâts et qu’une résistance passive/active aux maoïstes dans le but de reprendre un certain contrôle sur le flot des visiteurs dans la région est possible, à condition d’une très grande union des villageois. Cela s’est déjà fait dans d’autres zones du Népal. Il serait difficile à des combattants isolés dans une région difficile d’accès et dont la satisfaction des besoins alimentaires repose sur la coopération, volontaire ou non, des villageois, de résister longtemps à l’hostilité ouverte d’une population entière – ou alors il leur faudrait déployer des troupes importantes, capables d’obtenir par la force ce qu’ils n’arriveraient pas à obtenir par la persuasion, mais avec le risque pour eux de démultiplier les problèmes.

Les élèves ont très envie d’aller à la rencontre de leurs familles dans les villages, de les encourager à établir des règles de fonctionnement concernant la fréquentation des villages, des pâturages, l’installation de commerces, la vente de terres aux « étrangers », la consommation d’alcool, etc.
Malheureusement, leurs grandes vacances ont lieu en hiver, période où il est difficile, voire impossible de monter dans le Haut-Dolpo, et leurs vacances d’été sont trop courtes (15 jours) pour permettre le voyage. Le sort a voulu que cette folie du yarsakumbu survienne quelques années avant le retour - diplômes en poche - des premiers étudiants sur place pour travailler. Nous sommes persuadés avec eux que, quand ce jour viendra, certains des dysfonctionnements constatés pourront être limités, et l’évolution du Do lpo pourra se faire à nouveau avec bonheur.

Souhaitons qu’avant cela le pays ait retrouvé son calme et les belles montagnes du Dolpo, la paix des cimes !

Marie Claire Gentric

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